Sart-Saint-Laurent: ces marcheurs qui mettent le folklore en péril

Un fait divers a troublé les festivités de Sart-saint-Laurent ce week-end passé et a été relaté par la Nouvelle Gazette... avec une photo qui a pu en choquer certains. Oui, pour illustrer l'article en première page, on a pris une photo des Zouaves... de Walcourt! Mais s'il y a eu (petite) erreur, elle est compréhensible: nous avons demandé à nos illustrateurs (peu au courant de nos coutumes folkloriques, il faut l'admettre) de choisir un beau groupe de Zouaves. Ce qu'ils ont fait.

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Précisons qu'à l'heure où nous écrivons ces lignes, les responsables de la marche locale ont déjà annoncé des sanctions...

 

Le dossier de Nikka Veracchi:

Des Zouaves qui se baladent avec un fusil lors d’une marche folklorique, quoi de plus normal ? Mais quand certains d’entre eux menacent une automobiliste avec leur arme, il y a de quoi se poser des questions. Gladys, qui s’est retrouvée de l’autre côté du canon, témoigne.  

« Certains trouveront sûrement ça drôle mais en ce qui me concerne, ça ne m’a pas du tout amusée », explique Galdys Renard, une habitante du village de Sart-Saint-Laurent, dans l’entité de Fosses-la-Ville. Samedi, deux Marcheurs habillés en Zouaves ont pointé leur arme sur elle. Elle se dit très en colère suite à ce geste. Retour sur les faits.

Comme chaque année, les festivités du 15 août ont résonné dans le village tout le week-end.

« Cela fait dix ans que nous habitons à cet endroit et nous y sommes habitués. Ces festivités bon enfant n’ont lieu qu’une fois par an. Pas de quoi fouetter un chat… On sait simplement que le matin du 15 août, on est réveillés au son des tambours », explique-t-elle, elle-même impliquée dans plusieurs groupes festifs (des chorales) à Namur.

« Samedi, vers 19h, nous devions justement nous rendre à Namur car mon conjoint donnait un concert avec le groupe dans lequel il joue », poursuit Gladys Renard.

« Les groupes folkloriques étaient dans notre rue mais nous n’avons pas eu de mal à en sortir. Une fois à Namur, mon conjoint s’est rendu compte qu’il avait oublié le pied de son clavier. J’avais juste le temps de faire l’aller-retour. »

C’est à ce moment que l’incident s’est produit.

« Je rentre dans ma rue. C’est une rue en « L » donc que je ne pouvais pas savoir si elle était occupée ou pas. À 30 mètres de chez moi, un groupe folklorique passe. Je me gare sur le côté et je les laisse passer. J’ai droit à quelques signes : certains sympathiques, d’autres un peu plus grossiers. Je n’y prête pas attention et la troupe s’éloigne . »

La rue est dégagée. Gladys s’avance vers son domicile. Seuls cinq ou six jeunes vêtus en Zouaves discutent encore et boivent un verre non loin de chez elle.

« Je m’avance alors à pas d’homme. À quelques mètres de ma maison, deux des Zouaves s’avancent face à mon véhicule et me mettent en joue avec leur arme » , raconte-t-elle, outrée.

Elle assure ne pas les avoir provoqués. « Au contraire, j’étais justement très attentive à m’arrêter et à rouler à allure très modérée jusqu’à ma maison. »

Face à ces jeunes, « visiblement alcoolisés », Gladys a eu très peur. « J’étais soulagée que mes enfants ne soient pas dans la voiture. Je me suis dit : « Et si leur arme était chargée ? ». Vu leur état d’ébriété, jusqu’où ce geste pouvait-il aller ? Je ne veux pas faire d’amalgames mais plusieurs personnes m’ont parlé de problèmes récurrents avec certains groupes, dont les Zouaves… Et je passe sur le fait que le devant de ma maison ait servi de poubelle pour toutes leurs bouteilles d’alcool ! »

Encore choquée par ce comportement, Gladys Renard ne compte pas en rester là.

Elle a adressé un courrier au bourgmestre, lui expliquant sa mésaventure.

« L’acte qui a été posé est grave. Je n’en resterai pas là », conclut-elle, déçue que cet incident soit venu gâcher la fête.

 

Réaction du Bourgmestre: il y a toujours des brebis galeuses

Amateur de folklore, Marcheur lui-même, Gaëtan de Bilderling (UD), le bourgmestre de Fosses-la-Ville, est déçu par l’incident qui a eu lieu à Sart-Saint-Laurent.

« J’aime beaucoup les Marches, pour leur côté amical et surtout le fait qu’elles mettent tout le monde sur un même pied d’égalité », précise-t-il d’emblée.

« Malheureusement, il y a toujours l’une ou l’autre brebis galeuse qui peut avoir des comportements déraisonnables et qui vient ternir le folklore local alors que le seul but de ces festivités est de rassembler les gens en toute simplicité, de les faire se rencontrer et discuter librement dans un contexte différent », ajoute le mayeur.

Selon Gaëtan de Bilderling, ces faits restent minoritaires.

« J’ai aussi eu des plaintes à Le Roux concernant des Marcheurs qui urinaient sur des façades. Ils étaient peut-être deux ou trois, soit une minorité des Marcheurs mais cela gâche malheureusement l’image de tous les autres… »

UNE ENQUÊTE SUR LES FAITS

Concernant le dossier de Gladys Renard en particulier, il promet de ne pas en rester au simple constat. « Je vais me tenir au courant des suites apportées à ce dossier. Si cette dame m’a adressé un courrier, je lui répondrai et je demanderai au président de la Marche d’enquêter afin de faire la lumière sur les faits.

Une chose est sûre, nous ne laisserons pas cet incident sans suite », conclut Gaëtan de Bilderling.

 

UNE INFRACTION PÉNALE 

« La menace par geste » : de 8 jours à 3 mois de prison si des poursuites sont engagées  

Quels sont les risques encourus par les Marcheurs qui ont menacé Gladys Renard avec leur arme ? Nous avons contacté le Parquet de Namur afin d’en savoir plus. « Il s’agit d’une menace par geste, au même titre qu’un doigt qui feint de trancher la gorge, par exemple », nous explique Marc Servais, Procureur du Roi de division.

« Il s’agit d’une infraction pénale même si l’arme n’est pas chargée et qu’elle est déclarée dans le cadre des groupements dont les Marcheurs font partie. Ils ont l’autorisation de les porter mais pas de les utiliser de cette façon » , précise-t-il.

« Nous sommes très attentifs à ce type de débordement car il représente un réel danger social. Les armes sont chargées de poudre noire. Quand ils tirent, il y a des détonations, etc. Cela peut mener à des brûlures ou d’autres blessures non négligeables. »

Cette « menace par geste » pourrait mener à une saisie de l’arme. « Si une plainte est déposée, cela peut arriver car l’arme est l’objet de l’infraction », ajoute Marc Servais. « L’arme pourra être confisquée en cas de poursuites et ce, même si le Marcheur avait le droit de la porter dans le cadre de la marche folklorique. »

S’il est prouvé que les personnes en cause étaient en état d’imprégnation alcoolique, la situation devient encore plus sérieuse. « Il s’agit d’une circonstance aggravante. »

Les Marcheurs en question pourraient faire l’objet de poursuites au tribunal correctionnel. « La fourchette des peines varie entre 8 jours et trois mois de prison, une amende de 26 à 100 euros ou 300 heures de travail d’intérêt général. Cela n’a rien d’anodin », explique Marc Servais.

Et en ce qui concerne la procédure à suivre pour la victime ? « La solution la plus adéquate pour elle est de déposer plainte. Ensuite, il faudra voir s’il est possible d’identifier les auteurs de la menace » , conclut-il.

 

Réaction de la Compagnie: Ces Zouaves probablement exclus

Les jeunes Zouaves qui auraient commis le geste inapproprié font partie de la Compagnie des Marcheurs de Sart-Saint-Laurent. Christian Ganhy en est le responsable. Il a été averti des faits quelques minutes après que ceux-ci se sont produits.

« C’était plutôt de l’ordre du jeu. Le geste a probablement été mal compris. Aucune arme n’était chargée. Par après, ils ont même sonné à deux ou trois portes en faisant les « zouaves », c’est le cas de le dire », explique l’homme.

« C’est assez anecdotique mais je comprends tout à fait la réaction de la dame concernée. Elle a eu peur. C’est compréhensible qu’elle soit choquée. Moi-même je l’ai été lorsqu’on est venu m’expliquer les faits. »

Christian Ganhey a préféré ne pas envenimer la situation ce soir-là. « Je n’en ai pas parlé aux personnes concernées. Cela ne sert à rien de discuter avec des personnes alcoolisées. »

Les Marcheurs en question étaient des jeunes âgés de 18 ans à peine. « Il s’agissait de leur première Marche. Le responsable de peloton a été averti et nous verrons les sanctions qui seront prises. Nous avons plus de 140 Marcheurs à suivre. J’allais à l’avant, à l’arrière… Mais je ne peux pas tout contrôler.

Il est probable que ces personnes ne fassent plus partie de la compagnie l’an prochain. On ne peut pas tolérer ce type de comportement. »

DUR DE CONTRÔLER TOUT LE MONDE

Quant au président de l’Association des Marches Folkloriques de l’Entre-Sambre-et-Meuse, Gérard Adam, il n’a pas été averti de l’incident.

Toutefois, il a un avis bien tranché sur la question. « Je veux bien être le président des Marcheurs, mais pas des bagarreurs ! Si l’information venait à se confirmer, je prendrai les mesures qui s’imposent. Le problème, c’est qu’il est difficile de contrôler les réactions des gens quand ils ont bu. Mais il faut rappeler que les incidents restent rares car nous sommes très intransigeants par rapport à la tenue des gens . »

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Commentaires

  • Difficile de se faire une opinion à travers ces différents articles. Je me méfie des "plaintes" de personnes "extérieures" au folklore. Pour en avoir été témoin plusieurs fois, on ne peut pas être certain de la bonne foi et/ou de la réaction exagérée (volontaire ou non) des personnes concernées.

    Mais si les faits s'avèrent exacts, ces "marcheurs" doivent être sanctionnés, et par leur compagnie, et par une peine juridique! On s'étonne des législations farfelues en ce qui concerne nos armes, ne donnons pas en plus de la matière...

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