Ne pas confondre nos Marches et Waterloo

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Nous avons lancé le débat dans l'édition Sambre & Meuse de La Nouvelle Gazette. Avouons-le directement, il n'y a pas à proprement parler un malaise dans nos compagnies quand on les confond avec des sociétés plus axées sur la reconstitution historique, surtout en cette période de célébration du bicentenaire de la bataille de Waterloo. Mais il semble nécessaire à certains de réaffirmer clairement ce pour quoi nous marchons dans notre région.

Pour illustrer ce sujet, j'ai pris contact, entre autres, avec Bertrand Thibaut qui a commis il y a quatre ans un excellent ouvrage, «En Marches», consacré aux escortes militaires en Entre-Sambre-et-Meuse.  

20150614_Thibaut1.jpg«Il est clair qu’il y a un problème de compréhension pour le grand public qui ignore nos us et coutumes. Qui sont ces gens qui marchent dans les rues de nos villages ainsi vêtus? Sont-ils là pour commémorer la bataille? Sont-ils des francophiles? Ou veulent-ils simplement reconstituer historiquement l’une ou l’autre bataille?» se demande ce professeur qui joue aussi du fifre dans bon nombre de marches. 

En fait, en quelques mots, Bertrand a clairement posé le problème.

Nos marches souffrent apparemment d'un problème d'identité, d'image. Non pas à cause des marcheurs eux-mêmes ou de l'association qui les représente, mais par la faute de certaines personnalités qui ne voient dans notre folklore qu'une façon d'amener des touristes dans nos villages. Ou, ne nous voilons pas la face, à cause de certains médias qui ne prennent pas la peine de s'intéresser réellement à nos coutumes et n'en donnent qu'une image biaisée.

Ce que nos marcheurs vivent aujourd’hui, c’est un peu un retour de flammes des années 60 quand, pour diverses raisons, près de la moitié des compagnies ont opté pour des costumes dits de premier empire, c’est à dire des copies conformes des uniformes portés par les soldats de Bonaparte. Avec à l'époque, un soutien assez franc, pour ne pas dire plus, de l'Association des Marches. Il est vrai que ces uniformes, ça a de la gueule, ça impressionne...

Poussés par la napoléomania créée par les diverses commémorations organisées en ce mois de juin, certains en remettent une couche: associer marcheurs, Napoléon et Waterloo, ça doit être rentable et générer du tourisme. Que penser d'autre part de cette échevine de Charleroi qui, en collaboration avec la "Mojo des Wallons", a invité des marcheurs à commémorer le passage de Napoléon et de ses soldats à Charleroi il y a 200 ans. Et certains ont du avaler leur goutte de travers quand ils ont entendu cette dame (par ailleurs très active et compétente dans ses domaines de prédilection) affirmer qu'une grande ville comme Charleroi se doit de posséder sa propre marche et qu'on trouvera bien des reliques et une procession pour l'organiser !

Notre folklore ne sert pas à attirer des gens en masse dans nos contrées. Chaque marcheur vit "sa marche" d'abord pour lui, sa famille, ses amis. Pas pour parader devant des touristes venus en autocar des quatre coins du monde. 

Bien évidemment, quand nous marchons, nous sommes heureux de voir du public autour de nous. Mais ce que nous recherchons surtout dans la foule, ce sont des visages amis, d'anciens voisins perdus de vue, des camarades de classe (ou de régiment....). 

Certains ont craint, lorsque les marches ont été reconnues par l'UNESCO, de grands changements au niveau de l'organisation, la sécurité, etc. Depuis, nous avons pu nous apercevoir que justement, cette association voulait préserver nos traditions sans aucunement les bousculer. C'est à saluer. 

Et loin de moi l'idée que le touriste n'est pas le bienvenu dans nos contrées. Que du contraire. Mais au tourisme de masse, je préfère de loin l'action menée par le GAL de l'Entre-Sambre-et-Meuse qui, avec des guides locaux, organise pour les touristes intéressés une véritable immersion au sein des Marches.

D'accord? Pas d'accord? Réagissez en commentaire !

Patrick Lefèbvre 

Commentaires

  • Analyse correcte du phénomène d'amalgame entre nos traditions de marche et les reconstitutions et autres commémorations du premier empire.
    En soi le bicentenaire n'aide pas en cela et en même temps nous offre une opportunité de clarification à l'exemple de cet article. On peut donc ainsi faire progresser auprès d'un plus grand nombre la compréhension de la différence.

    Merci.

  • Yo! Bien dit.

  • La confusion vient de l'ignorance des journalistes (mal formés lors de leurs études en 'communication") et ... des fanatiques francophiles qui contaminent nos marches (comme à Cerfontaine, Silenrieux, Walcourt, Stave).
    Il faudra débarrasser l'Entre-Sambre-et-Meuse de ces compagnies napoléoniennes qui nuisent à celles en uniformes belges (ou du 2e Empire), respectant l'histoire des Belges.

  • Je rejoins les propos de Bertrand. Ne donnons plus aux médias l'occasion de se tromper. J'ai vu qu'un fabricant de fifre (Xavier Collard, un ami, que je salue au passage et dont j'apprécie le travail) avait été interviewé par la Une. Passage ce dimanche au JT de 13h. J'ai honnêtement un peu peur de ce reportage. L'avenir nous le dira.

  • Merci Patrick!

  • Évidemment, j'attendais sans aucun doute Johan Viroux au coin de cette discussion... Inutile de répondre à un ennemi juré de l'Empereur et de ce qu'il a représenté, et qui plus est ne voudra jamais admettre ni le côté chatoyant des costumes de 1er Empire, ni le fait que nos chères marches consistent à escorter en costumes militaires, quels qu'ils soient, une procession religieuse - tradition qui a commencé bien avant Napoléon, et donc... Ceci étant, je défendrai évidemment toujours Stave, où je fus soldat, puis sergent, puis officier pendant des années avec plaisir et fierté, tout en étant moi aussi énervé par ces confusions marches/reconstitutions, encouragées aussi par la déchristianisation galopante qui fait que quand on les interroge, beaucoup de marcheurs ne pensent hélas ni à lever cette confusion, ni surtout à mettre en avant d'abord la procession ou le pèlerinage auquel se rattache la marche à laquelle ils participent... :-/

  • Ton analyse est pertinente Patrick. Cela étant, je ne pense pas que ce soit un problème d'identité ou d'image. A mon sens, il s'agit plutôt d'un déficit de communication et de pédagogie. Pourquoi marche-t-on? L'origine de la procession escortée... Quelles sont les valeurs auxquelles l'homme se rattache lorsque l'espace, d'une week-end, il marche. Autant de questions que chaque marcheur doit savoir répondre avant de poser le premier pas. C'est effectivement le rôle des médias d'expliquer au grand public et de décoder toute la symbolique qui entoure la marche. Il y va aussi de la responsabilité des organisateurs et officiers de transmettre les valeurs qui sont chères à notre folklore. Sacrifiée au profit de la loi du nombre, elles sont parfois "oubliée"s. Je m'interroge parfois aussi sur le sens que donnent certains marcheurs à leur présence dans d'interminables compagnies et sur le plaisir que peuvent retirer à ne même plus entendre un fifre ni le ras d'une batterie,sensé les faire marcher au pas.
    Pour ce qui est des commémorations napoléoniennes, ma foi, c'est vrai que l'on aura pu avaler sa goutte de travers. Je pense qu'au départ, cela part d'un bon sentiment et ma foi, que la première ville wallonne veuille, à sa manière, honorer le bicentenaire du passage de l'empereur (dictateur aussi) est tout à fait légitime. Qu'elle organise un grand rassemblement napoléonien est tout aussi logique. Néanmoins, c'est vrai que certains puristes auront souri en voyant certaines compagnies appelées erronément du "2e empire" vêtue du costume traditionnel dont on rappellera qu'il était inspiré par les tenues des soldats de la révolution de 1830. Ils n'ont donc aucun lien avec l'époque napoléonienne. Cet anachronisme ne porte pas atteinte au patrimoine des marches puisque, sauf erreur, ce rassemblement commémorait le passage de Napoléon à Charleroi et n'était pas une vitrine du folklore de l'Entre-Sambre et Meuse.

  • Comme je l'ai déjà évoqué ailleurs, ça fait plaisir de lire un tel article surtout en cette période où l'on entend et lis beaucoup de choses erronées sur notre folklore. Le plus gros problème reste l'amalgame entre ces deux milieux totalement opposés.
    Concernant l'événement de Charleroi: Bien sûr qu'il est normal pour la prémière ville Wallonne de vouloir honorer le bicentenaire. Mais dans ce cas précis, dés le départ la confusion était totale ! Il s'agissait au départ d'une manière de commémorer le passage des troupes et cela s'est transformé en rassemblement du folklore Carolo pour finalement être bel et bien un "Melting pot" pathétique. Pour ensuite annoncer qu'une marche pourrait être créée avec comme base cet événément politico- touristique. Et c'est bien là qu'est l'os... Un marcheur, quand il en est, ne fait pas de la reconstitution ! ( qu'elle soit Française ou Belge, au passage...)
    L'affiche indiquait bien "Folklore Carolo" et certaines compagnies de marcheurs ( ou pseudo-macrheurs) étaient bel et bien présentes. Autrement dit, une récupération du folkore duquel ils n'ont pas pu saisir tous les apsects qui en font la richesse.
    Bref,... !

    Johan, je ne suis pas de ton avis! Peu importe les erreurs commises dans le passé, à l'heure actuelle, les costumes INSPIRéS du 1er empire font partie intégrante du folklore. Contentons nous de respecter ce pourquoi nous sommes là. Espèrons que l'image et la communication seront travaillées dans ce sens, et les malheureux qui pensent être ressortis d'un champ de bataille comprendront... :)

    Adrien, tu avais raison, confusion totale dans différents reportages :(

    Vievement St-Eloi, St-Pierre eyet toutes les autes !

  • Je partage entièrement ton propos Pierre-Jean. L'essentiel est dans la communication. Et cette juste communication doit commencer par les acteurs eux-mêmes, c-à-d nous tous...Si nous appréhendons un risque de confusion, nous devons anticiper. Si nous sommes devant un fait d'amalgame, nous devons réagir. Et enfin, nous devons certainement balayer devant notre propre porte en faisant en sorte que tous nos marcheurs, responsables ou soldats, soient conscients de ce pourquoi ils marchent... Car, armés de cette conscience, ils éviteront que des journalistes, des politiques et autres rôles à vocation communicatrice ne propagent, n'étendent ces erreurs d'interprétation. C'est peut-être un rêve que je caresse là mais c'est en tout cas le meilleur moyen de rectifier le tir...façon de parler :-)

  • Un très non article bravo! Un très bon livre aussi! Les confusions viennent du fait aussi que certaines marchés possèdent dans leurs rangs une représentation de Napoléon et sa clique. Certain marcheurs vont jusqu'à imiter la façon de tourner en carré par exemple, dans certaines localités on crie vive l empereur... pas étonnant que les gens ne savent plus s'y retrouver. Les uniformes 1er empire sont bien plus colorés et rutilant, ça en jette. Ils y a certainement de l'ordre à remettre mais soyons réaliste de nos jours les amalgames sont vite fait!

    Vive notre beau folklore et longue vie à nos marchés

    Geo d acoz

  • En effet, tout le monde mélange tout et n' importe quoi.... Soit nous sommes dans les marches processions, soit dans la reconstitution et..... soit dans le carnaval...... Nous avons fait notre choix et c ' est aux officiers de bien expliquer toutes ces différences..... Perso, mon choix est fait!

  • Le journal Le Monde s'intéresse aussi à nos louageurs... Mais raconte un peu n'importe quoi.

    http://www.lemonde.fr/bicentenaire-de-waterloo/article/2015/06/16/waterloo-le-business-des-marches-en-uniformes_4655499_4655337.html

  • Houlalalala... J'ai déjà vu et lu "du lourd" mais là, ça dépasse tout ce que l'on peut imaginer!
    Mais ou va le monde ?!!!! (si j'ose dire...)

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